Théâtre


Zora Bensliman – Seule en scène

Guerre Paix et Bidoune

En raison de ma double culture franco-algérienne, je suis en perpétuelle réflexion au sujet de la place que l’on a/ que l’on prend/que l’on nous donne, dans la société. Comment la trouver ? Comment la définir ? Où est-ce que je me place par rapport aux autres, ma place à l’école, dans la famille, dans la fratrie, au travail, la place des filles et des garçons ?

Zora

Le projet est né d’une longue interview filmée de quatre heures pendant laquelle j’ai interrogé ma mère sur son histoire. Contre toute attente, son témoignage m’a profondément bouleversé. Des sujets forts autour de l’Algérie française et le rapport de ma mère avec sa fratrie ont révélé une histoire compliquée, une famille divisée entre ceux qui pouvaient partir et ceux qui ne pouvaient pas.

Après l’indépendance, elle suit finalement la décision de son mari et rejoint le reste de sa famille, pas toujours bienveillante, à Roubaix où c’est le choc culturel. Entre la bière, la débauche et le marché aux légumes plus rassurant où elle retrouve sa communauté, il y a un monde ! Entre un mari autoritaire et des voisins ignorants, la soumission faisait partie de sa vie. Elle souhaitait autre chose pour ses filles. Comment allaient-elles grandir ? Tous fans de la chanson française, même ma mère qui conservait une photo du couple idéal Sheila et Ringo, nous, les enfants, avons été bercés par la chanson, de Oum Kalsoum à Charlélie Couture en passant par Véronique Sanson.

Cependant, livrée à moi-même, répondant toujours à la loi d’aînesse qui a été un véritable frein à ma scolarité et manquant de repères, j’ai développé un sentiment d’insécurité. Témoin impuissante face à cette mère servile, ne trouvant pas toujours les mots pour se battre, ma seule issue, dans mes jeunes années, a été de riposter en se rangeant du côté des plus forts et pas forcément du côté des plus justes.

Aujourd’hui, pour supporter la violence de ce témoignage, j’ai fait le choix d’enfoncer le clou et de grossir le trait avec humour. La question de la forme s’est en effet posée immédiatement car le poids de l’histoire de ma famille et de cette double culture était trop lourde pour moi..

Ce spectacle, véritables tranches de vie, est un joyeux bazar mêlant chants, musiques et textes où je prends le parti de rire plutôt que de pleurer. Je raconte ainsi ma propre France.

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